Partager l'enseignement spirituel des Sikhs
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5 K
En créant le Khālsa en 1699, Gurū Gobind Singh demanda au Sikhs de porter sur eux cinq articles pour toujours se rappeler leur engagement. Leurs noms commençant tous par la lettre K, on les appelle les "5 K":
- Kesh: les cheveux et les poils non coupés. Un(e) Sikh maintient l'intégrité de son corps, tel que Dieu l'a créé. Les cheveux longs et couverts d'un turban marquent l'attachement à cette intégrité. Notons que les traditions qui enseignent le détachement et le retrait du monde, telles les traditions monastiques, préconisent de se raser tout ou partie de la tête, comme c'est le cas pour les moines catholiques et bouddhistes notamment, tandis que les traditions qui enseignent le détachement dans le monde, et qui sont souvent des voies à la fois martiales et spirituelles, préconisent de garder une chevelure ou une mèche non coupée; c'est le cas des Sikhs et des Samouraïs japonais, mais aussi des adeptes du mouvement Rastafari. On retrouve les cheveux longs comme symbole d'attachement à Dieu dans la Bible, où Samson, consacré au divin, garde ses cheveux non coupés. Il en tire une force herculéenne. Le Yoga enseigne que les cheveux non coupés du sage (ou rishi kesh) renforcent son champ électromagnétique protecteur, son aura.
- Kangh: le peigne en bois. Les cheveux longs sont soigneusement entretenus et régulièrement peignés avec un peigne en bois. Celui-ci représente l'humilité, et l'hygiène physique et mentale. Le Yoga enseigne que les cheveux morts doivent être enlevés pour éliminer les pensées et les émotions du passés stockées dans le champ électromagnétique: le bois, par nature peu magnétique, permet de faire ce travail en douceur.
- Kachchera: le caleçon de coton. Il symbolise la maîtrise des pulsions et le contrôle de l'énergie vitale. Historiquement, dans une Inde ou le dothi, le pagne enroulé autour des reins, est le vêtement des hommes, Gurū Gobind Singh demanda aux Sikhs de porter le Kachchera pour se tenir toujours prêts à courir, monter à cheval ou combattre, en étant libres de leurs mouvements sans toutefois être dénudés.
- Kirpan: l'épée, la dague. De Kirpā, "gentillesse, miséricorde". Le Kirpan est un poignard courbe de taille variable (quelques centimètres, voire une véritable épée) que les Sikhs portent sur le coté. Il marque leur engagement à protéger le faible, et à défendre leurs enseignements. Il rappelle aussi que nos actions et nos prises de positions, aussi tranchantes qu'elles doivent être parfois, peuvent être pleines de gentillesse, sans esprit de revanche. A ce propos, les Sikhs se souviennent que Gurū Gobind Singh, qui combattait les armées mogholes résolues à éradiquer les Sikhs à défaut de pouvoir les convertir, tirait sur ses adversaires des flèches lestées d'un gramme d'or, pour permettre à la famille du soldat infailliblement atteint de payer ses funérailles.
- Kara: le bracelet d'acier. Il est comme le maillon d'une chaîne qui lie les Sikhs à Dieu. Le Kara est un symbole fort de liberté: "si je dois être enchaîné, que ce soit à Dieu et à Dieu seul". Il inspire à neutraliser l'orgueil et à agir au nom du divin.
Kaur
Littéralement: "princesse".
Dans l'Inde médiévale, les femmes Rajpoutes, nobles de la caste guerrière du Rajasthan, portaient le titre de Kaur, tandis que les hommes portaient celui de Singh ("lion").
Quand il fonda l'ordre du Khalsa en 1699, Gurū Gobind Singh demanda aux femmes Sikhs de porter elles aussi le titre de Kaur, indépendamment de leur condition sociale, rappelant ainsi les qualités princières que donne l'engagement auprès du Gurū: grâce, noblesse, courage et pureté.
Khālsa
Littéralement: "pur(e)".
Le terme Khālsa est dérivé du mot arabe khalis ("pur, propre"), et d'un terme persan qui désignait les terres appartenant personnellement au Shah, et non à la couronne.
La première mention de ce terme dans les écritures sacrées des Sikhs est faite par Kabīr (p.654):
ਪਰਿਓ ਕਾਲੁ ਸਭੈ ਜਗ ਊਪਰ ਮਾਹਿ ਲਿਖੇ ਭ੍ਰਮ ਗਿਆਨੀ ॥ ਕਹੁ ਕਬੀਰ ਜਨ ਭਏ ਖਾਲਸੇ ਪ੍ਰੇਮ ਭਗਤਿ ਜਿਹ ਜਾਨੀ ॥੪॥੩॥
Pario kāl sabẖai jag ūpar māhi likẖė bẖaram giānī. Kaho Kabīr jan bẖaė kẖālsė parėm bẖagaṯ jih jānī. ||4||3||
"La mort s'est abattue sur le monde entier, et même les savants théologiens sont sur sa liste. Kabīr dit: l'humble serviteur devient Khālsa, il devient pur, quand il connait l'amour et la dévotion."
Mais c'est en 1699 que Gurū Gobind Singh donna tout son sens au terme Khālsa, en nommant ainsi les Sikhs baptisés/adoubés par l'Amrit et par l'épée. Par extension, le Khālsa désigne ainsi l'ordre chevaleresque, le "cercle intérieur" de la communauté Sikh.
Khanda
Littéralement: "glaive, épée à double tranchant".
Le Khanda est le nishān, l'emblème des Sikhs. Il tient son nom de son élément central, l'épée.
C'est en fait un blason, composé de quatre éléments:
- Khanda, l'épée. Elle représente le pourvoir créateur divin, l'axe autour duquel tourne la création. C'est aussi l'épée de la vérité, qui sépare le vrai du faux.
- Miri et Piri, les deux sabres, qui symbolisent l'équilibre entre le temporel (Miri, de l'arabe Amir, "commandant") et le spirituel (Piri, de Pir, "maître spirituel");
- Chakr, la roue, le "chakra", qui rappelle l'unité de toute la création et la nature infinie du créateur: sans commencement ni fin.
Le Khanda est un symbole universel. On remarquera d'ailleurs combien l'emblème des Nations Unies lui ressemble, dans un monde qui semble tellement manquer d'un axe central...
Khanda di Pahul
De Khanda, "glaive", et Pahul, "polissage, teinte, aiguisage".
Le Khanda di Pahul, encore appelé Amrit Sanskar ("cérémonie de l'Amrit") est le sacrement du baptême Sikh. Il a été institué en 1699 par Gurū Gobind Singh. Il représente le sacrifice d'un Sikh qui, donnant sa tête, renonce à sa propre personne pour s'offrir intégralement au Gurū, aux enseignements.
Lors du Khanda di Pahul, les aspirants sont assis en vir asan, sur le talon gauche, le genou gauche et le pied droit au sol, mains jointes sur la poitrine. Devant eux se trouve un chaudron de fer, dans lequel cinq officiants (représentant les "Cinq Bien-Aimés" ou Panj Piāre) mélangent de l'eau et quelques cristaux de sucre avec une épée (le Khanda) en récitant cinq prières issues du Siri Gurū Granth Sāhib et du Siri Dasam Granth Sāhib: Jap Ji, Jāp Sāhib, Jap Ji, Sva-iye, Chaupaī et Anand Sahib.
Le mélange ainsi "chargé" devient l'Amrit, le Nectar Divin, que les officiants font boire aux aspirants, et dont ils leur aspèrgent les yeux et le sommet de la tête.
Ainsi baptisé, l'Amritdhāri s'engage ainsi à mener une vie de droiture, de service et de communion avec le divin. Il ou elle portera aussi cinq attributs, les "5 K" (voir plus haut).
Langar
Langar est un terme persan signifiant "hospice, refuge pour nécessiteux, maison de charité". Il désigne une institution héritée du soufisme persan, et que les Gurūs Sikhs, Nānak en tête, ont généralisé et étendu: le repas gratuit, accessible à tous, et où tout le monde est égal.
En effet, dans un monde indien séparé en de multiples castes, prendre une repas avec une personne de caste inférieure, ou préparé par elle, est censé constituer une faute, une souillure. Gurū Nānak, qui enseignait l'égalité de tous (notamment celle de l'homme et de la femme), a donc institué la pratique du Langar, où tout le monde s'assied et mange ensemble, pratique que Gurū Amar Dās, son second successeur, a généralisé. On raconte qu'Akhbar le Grand, empereur moghol des Indes au XVIe siècle, féru de religions, entendit parler de cette institution et en fut si impressionné, qu'il fit le trajet jusqu'au Penjab et daigna honorer de sa royale présence le Langar de Gurū Amar Dās.
Cette institution joue aussi un rôle social fondamental: permettre à tout le monde, les plus pauvres notamment, de manger à sa faim.
Ainsi, la plupart des Gurdwārās disposent d'une cuisine qui propose gratuitement des repas chauds servis dans un réfectoire où l'on s'assied sur des tapis. L'achat de nourriture est financé par les dons, pécuniaires ou en nature, de la Sangat (ou communauté) locale, et les plats, strictement végétariens, sont préparés par des Sevadars (ou bénévoles).
Par extension, Langar ou Gurū ka Langar ("le Langar du Gurū") désigne le régime alimentaire végétarien que les Sikhs sont invités à observer.
Nād
Nām
Prasād
Littéralement: "faveur, grâce".
Rāg
Littéralement: "couleur, émotion".
Les "rāg" ou "raga" sont les compositions traditionnelles de la musique indienne. Il en existe plusieurs centaines, chaque rāg caractérisant une émotion particulière.
Chaque poème que contient le Siri Gurū Granth Sāhib est destiné à être chanté dans un rāg donné, à l'exception notable du Jap Ji que l'on récite le matin. Ainsi, la musicologie Sikh (appelée Gurmat Sangīt) utilise 59 rāgs. 34 d'entre eux ont été créés par les Gurūs Sikhs, exprimant musicalement les émotions subtiles qui accompagnent les textes sacrés.
Rāgī
Littéralement: "qui pratique le rāg".
Les "rāgī" sont les musiciens et chanteurs qui assurent le chant des hymnes du Siri Gurū Granth Sāhib dans les Gurdwārās. Jadis adeptes d'instruments à cordes tels que le Sarangī, le Tampura, le Taos, le Dilruba, et de percussions Pakhawaj, ils sont désormais accompagnés de l'harmonium et des tablas, instruments plus récents, omniprésents en Inde.
Sangat, Sādh Sangat, Sat Sangat
Sangat: littéralement, "communauté, congrégation".
La Sangat est considérée comme une institution fondamentale chez les Sikhs. C'est au sein de la communauté que l'on trouve de l'inspiration et du soutien sur sa voie spirituelle. L'idée fondamentale ici est qu'il n'y a pas, en fin de compte, de salut individuel: tous les êtres sont sur le même bateau, qui traverse encore et encore l'océan de la vie, ses tempêtes et ses calmes plats. Ainsi, si la Sangat est locale (les Sikhs qui se réunissent dans une même Gurdwārā, les Sikhs d'une même région), ou mondiale (les Sikhs du monde entier), elle est surtout universelle: c'est la communauté humaine tout entière.
La Sangat est considérée comme le corps du Gurū, le lieu où il s'incarne. Elle est sacrée et ceux qui la composent le sont également. Ainsi, le Siri Gurū Granth Sāhib fait extensivement référence à la Sādh Sangat, la Communauté des Saints, au sein de laquelle la conscience s'élève. On parle aussi de Sat Sangat, la vraie communauté.
Seva
Littéralement: "service".
Le Seva est une part importante de l'enseignement spirituel des Sikhs. Il consiste à offrir de son temps pour service de manière désintéressé une personne, ou la Sangat ou encore la société dans son ensemble, en tant que communauté humaine. En donnant sans attendre un retour personnel particulier, le ou la Sevadar a l'opportunité de faire l'expérience d'une vraie générosité. Paradoxalement, le Seva constitue un "investissement vraiment profitable", selon Gurū Nānak.
Les formes de Seva sont multiples, sans restriction aucune. Citons par exemple: faire le ménage et décorer une Gurdwārā, servir le Langar ou participer à sa préparation, s'occuper des personnes âgées de son quartier, planter des arbres, aider un couple de parents pendant les semaines qui suivent un accouchement, etc.
Shabad
Sikh
Singh
Littéralement: "lion"; par extension: "prince, noble".
Dans l'Inde médiévale, les Rajpoutes, nobles de la caste guerrière du Rajasthan, portaient le titre de Singh, qui leur conférait ainsi toutes les qualités du lion, comme la force, le courage et la noblesse.
Quand il fonda l'ordre du Khalsa en 1699, Gurū Gobind Singh demanda aux hommes Sikhs de porter eux aussi le titre de Singh (les femmes porteraient le titre de Kaur, "princesse"), quel que soit leur milieu d'origine, comme pour signifier que la véritable noblesse ne s'acquiert pas par la naissance, mais par l'engagement dans un Dharma, dans une voie vertueuse.
Sirī Dasam Granth Sāhib
De Sirī, "Illustre, grand"; Dasam, "10e (Gurū)"; Granth, "écrit, écriture, livre"; Sāhib, titre honorifique qui veut dire "Maître". Littéralement, "Livre du 10e Gurū".
Au début du XVIIIe siècle, Gurū Gobind Singh compléta l'Adī Granth, compilé un siècle plus tôt par Gurū Arjun, en y ajoutant l'oeuvre écrite de son prédécesseur et père, Gurū Tegh Bahadur. Cependant, il n'y ajouta pas ses propres compositions, compilées à part sous le nom de "Dasam Granth", le "Livre du 10e (Gurū)".
Mêlant le Penjabi, le Hindi, le Persan, voire l'Arabe, dans des structures métriques particulières, le Siri Dasam Granth Sahib est peut-être moins accessible que le Sirī Gurū Granth Sāhib. Toutefois il n'en demeure pas moins révéré par les Sikhs, en tant que source inestimable d'enseignements spirituels.
Sirī Gurū Granth Sāhib
Yoga
Linguistique
Dans quelle(s) langue(s) les textes sacrés des Sikhs sont-ils rédigés ?
Le Sanskrit est aux langues nord-indiennes modernes ce que le latin classique est au français, à l'italien ou à l'espagnol. Et
de même que la latin a évolué en latin vulgaire et vernaculaire (langue parlée, par opposition à sa version classique, réservée aux textes
religieux), le Sanskrit a donné naissance à divers dialectes appelés "prakrits", d'où sont issus le Hindi, le Bengali, le Penjabi, etc.
Les Gurūs Sikhs parlaient donc un prakrit que l'on pourrait appeler Penjabi ancien. Cette langue, reflet de la mixité culturelle particulière
au Penjab, intégrait volontiers des mots persans.
Mais les Gurūs Sikhs étant tous issus de milieux lettrés, ils maîtrisaient en général plusieurs langues: celle des érudits indiens - le Sanskrit;
celle des conquérants moghols - le Persan; celle des peuples voisins - le Hindi ancien; voire l'Arabe et le Turc, dans le cas de Gurū Gobind Singh.
Sur une base de Penjabi ancien ou de Hindi, ce sont donc autant de langues qui se rencontrent à travers certains mots, parfois adaptés pour le besoin d'une
rime ou d'un jeu de mot propice à la méditation.
Le Penjāb
Le Penjāb est une région commune à l'Inde et au Pakistan. Son nom signifie "pays des Cinq (Panj) Rivières (Āb)", en référence à
la Beas, la Ravi, la Sutlej, la Chenab et la Jhelum qui le traversent.
C'est une des régions les plus riches en histoire dans le monde indien, envahie successivement par les Aryens, les Macédoniens
d'Alexandre le Grand, les Perses, les Afghans, les Arabes, les Turcs et les Moghols, dominée par les Sikhs puis par les Britanniques, et enfin partagée entre l'Inde et
le Pakistan. Le Penjab a connu la plupart des grandes religions du monde indien: l'Hindouisme (ainsi que toutes ses évolutions),
le Jainisme, le Bouddhisme, l'Islam (sunnite, chiite, soufi, ismaélite...), jusqu'au missionnaires chrétiens, et sans compter les Sikhs.
Sa culture est donc naturellement caractérisée par un grand métissage.
La partition de l'Inde et du Pakistan en 1947 a tracé une ligne de partage sanglante au milieu du Penjāb. Des millions de Sikhs (et d'Hindous)
se sont vus spoliés de leurs biens et expulsés sans ménagement de leur territoire traditionnel, vers le Penjāb indien
(les mêmes millions de Musulmans étant invités à faire le chemin inverse vers le Pakistan, avec tout autant de brutalité...).
Ainsi, Lahore, cité historique des Sikhs et capitale du Penjāb, est désormais au Pakistan, tout comme de nombreux lieux liés
à l'histoire des Sikhs, comme Nankana Sahib, lieu de naissance de Gurū Nānak.
Les Sikhs vivent désormais pour la plupart au Penjāb indien, avec Amritsar pour capitale spirituelle
et la récente Chandigarh pour capitale administrative.