Partager l'enseignement spirituel des Sikhs
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Amrit
L'Amrit désigne le nectar d'immortalité. Les écritures Sikh, comme l'enseignement du Yoga, font souvent référence à l'Amrit comme expérience ultime, source d'ivresse mystique. Il est décrit comme provenant de l'expérience du verbe divin: Amrit Nām.
Notons que la mythologie grecque parle de "l'Ambroisie", le nectar que Ganymède (le "Verseau") verse aux dieux de l'Olympe.
Amrit (cérémonie)
Voir plus bas, "Khanda di Pahul".
Amrit Velā
De Amrit (voir plus haut) et velā, "heure, moment". Littéralement: "moment où coule le nectar, heure ambrosiale".
Amrit Velā est la période de la nuit qui précède l'aube: les 2 ou 3 heures qui précèdent le lever du soleil. Le mental y est déjà dégagé des rêves de la nuit, mais pas encore encombré des préoccupations de la journée: c'est l'heure idéale pour méditer, le silence du mental étant facile à atteindre. Gurū Nānak recommande aux Sikhs de se lever à ce moment-là, et de méditer sur le Verbe divin.
Notons que de nombreuses autres traditions spirituelles enseignent de prier et de se recueillir avant le lever du soleil: ce sont ainsi "matines" et "laudes" dans le Christianisme, as-soubh (ou al-fajr) en Islam, etc.
Anand
Littéralement: "suprême félicité, béatitude".
Anand désigne l'état de grâce, de bonheur suprême. Le mot, proche de anant ("sans fin") suggère un état d'éternité et de joie sans fin.
Cet état mystique est décrit et développé par Gurū Amar Dās (3ème guide spirituel des Sikhs) dans l'Anand Sāhib, un poème long de 40 strophes, et qui commence par ces mots:
ਅਨੰਦੁ ਭਇਆ ਮੇਰੀ ਮਾਏ ਸਤਿਗੁਰੂ ਮੈ ਪਾਇਆ ॥ ਸਤਿਗੁਰੁ ਤ ਪਾਇਆ ਸਹਜ ਸੇਤੀ ਮਨਿ ਵਜੀਆ ਵਾਧਾਈਆ ॥
Anand bẖaiā mėrī māė saṯgurū mai pāiā. Saṯgur ṯa pāiā sahj sėṯī man vajīā vāḏẖāīā.
"Je suis en extase, ô ma mère, car j'ai trouvé le vrai Gurū! J'ai trouvé le Gurū avec une paix intuitive, naturelle, et mon mental en vibre d'extase."
Anand Kāraj
De Anand, et Kāraj, "tâche, action, activité".
L'Anand Kāraj est la cérémonie du mariage Sikh. Elle a été instituée par Gurū Amar Dās (3ème guide spirituel des Sikhs), et Gurū Rām Dās, son successeur, en a écrit les hymnes.
Pour les Sikhs, le mariage a une importance toute particulière. Il représente l'opportunité d'unir l'âme individuelle et l'âme universelle. Il prend la forme d'un engagement solennel et mutuel, devant le Gurū et avec la Sangat pour témoin et support. Gurū Amar Dās définit ainsi le mariage (p. 788):
ਧਨ ਪਿਰੁ ਏਹਿ ਨ ਆਖੀਅਨਿ ਬਹਨਿ ਇਕਠੇ ਹੋਇ ॥ ਏਕ ਜੋਤਿ ਦੁਇ ਮੂਰਤੀ ਧਨ ਪਿਰੁ ਕਹੀਐ ਸੋਇ ॥੩॥
Ḏẖan pir ėhi na ākẖīan bahan ikṯẖė hoė. Ėk joṯ ḏuė mūrṯī ḏẖan pir kahīai soė. ||3||
"Ils ne sont pas dits épouse et époux, ceux qui sont juste assis ensemble. Un seule lumière dans deux corps: voilà ceux qu'on appelle épouse et époux."
La cérémonie, qui se déroule en présence du Siri Gurū Granth Sāhib, dans une Gurdwārā permanente ou installée pour l'occasion. On y chante les Lāvan ("tour, faire le tour"), quatre hymnes que Gurū Rām Dās a composés pour son propre mariage avec Bibi Bhani, fille de Gurū Amar Dās, et qui décrivent les étapes du chemin de la conscience vers le divin. A chaque hymne, les fiancés se lèvent et font le tour du Siri Gurū Granth Sāhib, dans le sens des aiguilles d'une montre. Le fiancé marche devant, et tient sur son épaule une écharpe dont la fiancée tient l'autre extrémité. Ces quatre tours nouent les époux l'un à l'autre, et le Gurū à l'un et à l'autre. Lors du dernier tour, la famille et les proches les entourent, font un signe d'encouragement et leur jettent des pétales de fleurs.
Ādi Granth
De Ād, "originel, premier", et Granth, "écrit, écriture".
L'Ādi Granth est le premier recueil des écritures sacrées des Sikhs. Compilé par Gurū Arjun (5ème guide spirituel des Sikhs) en 1604, il regroupe des compositions lyriques des cinq premiers gurūs Sikhs, mais aussi de nombreux mystiques de toutes origines sociales ou religieuses de l'Inde médiévale, comme Kabīr, Namdev ou Ravidas.
Le dernier des gurūs Sikhs, Gurū Gobind Singh (1666-1708), ajoutera les compositions de son prédécesseur, Guru Tegh Bahadur, à l'Ādi Granth, que l'on appelle depuis Siri Gurū Granth Sāhib.
Ādi Shakti (symbole)
De Ādi, "originelle, primordiale", et Shakti, "énergie, pouvoir".
Voir plus bas, "Khanda".
Dasam Granth
Voir plus bas, "Siri Dasam Granth Sāhib".
Dharma
Granthī
Littéralement: "qui connaît les écritures, lecteur".
Comme les Cathares dans la France du Moyen-Âge, les Sikhs n'ont pas de clergé. Chacun(e) est invité(e) à développer sa propre intimité avec Dieu et avec la parole du Gurū.
Traditionnellement, au sein d'une Sangat, on confie l'enseignement, sinon l'interprétation, des textes sacrés à quelqu'un, homme ou femme, qui fait preuve de sagesse et de pertinence dans la compréhension de la parole du Gurū. Cette personne, appelée Granthī, est donc une sorte de ministre du culte informel, s'assurant du minimum de ritualisme entourant la lecture du Siri Gurū Granth Sahib.
Gurbānī
De Gurū, "maître spirituel", et Bānī, "parole, verbe". Littéralement, "parole du Gurū".
Gurbānī est un terme générique pour désigner la parole du Gurū dans la forme des écritures, Siri Gurū Granth Sāhib ou Siri Dasam Granth Sāhib.
Gurdwārā
De Gurū, "maître spirituel", et Dwārā, "porte". Littéralement, "la porte du Gurū".
La (ou le) Gurdwārā est le lieu de culte Sikh. Le Siri Gurū Granth Sāhib y est installé dans un Palkī (un palanquin, ou sous un dai), et il est lu et chanté devant la Sangat, la congrégation, têtes couvertes et pieds nus. Il n'y a pas de jour de la semaine particulier chez les Sikhs: chaque jour est sacré. Mais c'est le plus souvent le dimanche que la congrégation se réunit à la Gurdwārā. Les Gurdwārās jouent aussi un rôle de centres communautaires ou de centres culturels: cours de Gurmukhi, cours de Gatka (l'art martial des Sikhs), cours de musique, activités pour les enfants, etc.
Enfin, la Gurdwārā abrite une institution Sikh fondamentale: le Langar, ou cuisine-restaurant communautaire, où chacun peut manger un repas complet gratuitement.
Gurmukh
De Gurū, "maître spirituel", et Mukh, "bouche, visage". Littéralement, "face au Gurū" ou "de la bouche du Gurū".
Le Gurmukh est celui qui se tient face au Gurū, qui écoute son Gurū et suit ses enseignements. Dans les écritures sacrées des Sikhs, ce terme désigne celui ou celle qui s'est engagé(e) dans le dharma. Gurmukh est souvent opposé à Manmukh, qui designe celui ou celle qui écoute la voix de son mental, et agit selon la fantaisie de son mental.
Gurmukhī
De Gurū, "maître spirituel", et Mukh, "bouche, visage". Littéralement, "face au Gurū" ou "de la bouche du Gurū".
Le gurmukhī est l'alphabet (ou plus exactement, l'alphasyllabaire) dans lequel est sont écrits les textes sacrés des Sikhs.
Il fut créé au XVIe siècle par Gurū Angad, second maître spirituel des Sikhs sur la recommandation de son prédécesseur Gurū Nānak, proposant ainsi un alphabet plus simple que celui du sanskrit, afin de rendre plus accessibles les enseignements spirituels, notamment au petit peuple et aux basses castes, privées de cet accès par la caste dominante des Brahmanes. Par la suite, le gurmukhī est rapidement devenu l'alphabet utilisé pour retranscrire la langue du Penjab, le penjabi.
Le gurmukhī n'est donc pas une langue. Ainsi, le Siri Gurū Granth Sāhib est entièrement écrit en utilisant l'alphabet gurmukhī, indépendamment de la langue dans lequel il est rédigé (que ce soit le pendjabi ancien, le hindi, le persan, ou autre).
Le gurmukhī se compose de 35 lettres-syllabes, de 9 signes supplémentaires modifiant la voyelle, ainsi que de 5 symboles pour les diphtongues, l'accentuation, etc.
Gurū
De Gu, "lugubre, obscure, ténébreux" (Gufa veut dire "caverne"), et Ru, "lumière".
Gurū signifie littéralement "qui fait passer des ténèbres à la lumière". Le mot désigne traditionnellement un maître spirituel, et en Inde, prend facilement le sens de "enseignant, professeur". Il s'est adapté tant bien que mal à la langue française: on parle ainsi de "gourou de la mode", mais aussi et surtout de gourou d'une secte...
Les Sikhs réservent strictement à ce terme l'acception de "maître spirituel". Ainsi, Gurū fait référence exclusivement:
- à l'un des dix Gurūs Sikhs ayant vécu de 1469 à 1708, de Gurū Nānak à Gurū Gobind Singh;
- au Siri Gurū Granth Sahib, recueil des écritures sacrées, considéré comme le 11e Gurū, qui incarne la parole des dix Gurūs;
- au Gurū universel, ou Wahe Gurū: Dieu, conscience cosmique universelle et créatrice, maître des destinées... "Wahe Gurū" est le Gur Mantra, le mantra sur lequel les Sikhs sont invités à méditer à chaque instant et sur chaque souffle.
Gurū Granth Sāhib
Voir plus bas, "Siri Gurū Granth Sahib".
Linguistique
Dans quelle(s) langue(s) les textes sacrés des Sikhs sont-ils rédigés ?
Le Sanskrit est aux langues nord-indiennes modernes ce que le latin classique est au français, à l'italien ou à l'espagnol. Et
de même que la latin a évolué en latin vulgaire et vernaculaire (langue parlée, par opposition à sa version classique, réservée aux textes
religieux), le Sanskrit a donné naissance à divers dialectes appelés "prakrits", d'où sont issus le Hindi, le Bengali, le Penjabi, etc.
Les Gurūs Sikhs parlaient donc un prakrit que l'on pourrait appeler Penjabi ancien. Cette langue, reflet de la mixité culturelle particulière
au Penjab, intégrait volontiers des mots persans.
Mais les Gurūs Sikhs étant tous issus de milieux lettrés, ils maîtrisaient en général plusieurs langues: celle des érudits indiens - le Sanskrit;
celle des conquérants moghols - le Persan; celle des peuples voisins - le Hindi ancien; voire l'Arabe et le Turc, dans le cas de Gurū Gobind Singh.
Sur une base de Penjabi ancien ou de Hindi, ce sont donc autant de langues qui se rencontrent à travers certains mots, parfois adaptés pour le besoin d'une
rime ou d'un jeu de mot propice à la méditation.
Le Penjāb
Le Penjāb est une région commune à l'Inde et au Pakistan. Son nom signifie "pays des Cinq (Panj) Rivières (Āb)", en référence à
la Beas, la Ravi, la Sutlej, la Chenab et la Jhelum qui le traversent.
C'est une des régions les plus riches en histoire dans le monde indien, envahie successivement par les Aryens, les Macédoniens
d'Alexandre le Grand, les Perses, les Afghans, les Arabes, les Turcs et les Moghols, dominée par les Sikhs puis par les Britanniques, et enfin partagée entre l'Inde et
le Pakistan. Le Penjab a connu la plupart des grandes religions du monde indien: l'Hindouisme (ainsi que toutes ses évolutions),
le Jainisme, le Bouddhisme, l'Islam (sunnite, chiite, soufi, ismaélite...), jusqu'au missionnaires chrétiens, et sans compter les Sikhs.
Sa culture est donc naturellement caractérisée par un grand métissage.
La partition de l'Inde et du Pakistan en 1947 a tracé une ligne de partage sanglante au milieu du Penjāb. Des millions de Sikhs (et d'Hindous)
se sont vus spoliés de leurs biens et expulsés sans ménagement de leur territoire traditionnel, vers le Penjāb indien
(les mêmes millions de Musulmans étant invités à faire le chemin inverse vers le Pakistan, avec tout autant de brutalité...).
Ainsi, Lahore, cité historique des Sikhs et capitale du Penjāb, est désormais au Pakistan, tout comme de nombreux lieux liés
à l'histoire des Sikhs, comme Nankana Sahib, lieu de naissance de Gurū Nānak.
Les Sikhs vivent désormais pour la plupart au Penjāb indien, avec Amritsar pour capitale spirituelle
et la récente Chandigarh pour capitale administrative.