Linguistique

Dans quelle(s) langue(s) les textes sacrés des Sikhs sont-ils rédigés ?

Le Sanskrit est aux langues nord-indiennes modernes ce que le latin classique est au français, à l'italien ou à l'espagnol. Et de même que la latin a évolué en latin vulgaire et vernaculaire (langue parlée, par opposition à sa version classique, réservée aux textes religieux), le Sanskrit a donné naissance à divers dialectes appelés "prakrits", d'où sont issus le Hindi, le Bengali, le Penjabi, etc.

Les Gurūs Sikhs parlaient donc un prakrit que l'on pourrait appeler Penjabi ancien. Cette langue, reflet de la mixité culturelle particulière au Penjab, intégrait volontiers des mots persans.

Mais les Gurūs Sikhs étant tous issus de milieux lettrés, ils maîtrisaient en général plusieurs langues: celle des érudits indiens - le Sanskrit; celle des conquérants moghols - le Persan; celle des peuples voisins - le Hindi ancien; voire l'Arabe et le Turc, dans le cas de Gurū Gobind Singh.

Sur une base de Penjabi ancien ou de Hindi, ce sont donc autant de langues qui se rencontrent à travers certains mots, parfois adaptés pour le besoin d'une rime ou d'un jeu de mot propice à la méditation.



Le Penjāb

Le Penjāb est une région commune à l'Inde et au Pakistan. Son nom signifie "pays des Cinq (Panj) Rivières (Āb)", en référence à la Beas, la Ravi, la Sutlej, la Chenab et la Jhelum qui le traversent.

C'est une des régions les plus riches en histoire dans le monde indien, envahie successivement par les Aryens, les Macédoniens d'Alexandre le Grand, les Perses, les Afghans, les Arabes, les Turcs et les Moghols, dominée par les Sikhs puis par les Britanniques, et enfin partagée entre l'Inde et le Pakistan. Le Penjab a connu la plupart des grandes religions du monde indien: l'Hindouisme (ainsi que toutes ses évolutions), le Jainisme, le Bouddhisme, l'Islam (sunnite, chiite, soufi, ismaélite...), jusqu'au missionnaires chrétiens, et sans compter les Sikhs. Sa culture est donc naturellement caractérisée par un grand métissage.

La partition de l'Inde et du Pakistan en 1947 a tracé une ligne de partage sanglante au milieu du Penjāb. Des millions de Sikhs (et d'Hindous) se sont vus spoliés de leurs biens et expulsés sans ménagement de leur territoire traditionnel, vers le Penjāb indien (les mêmes millions de Musulmans étant invités à faire le chemin inverse vers le Pakistan, avec tout autant de brutalité...). Ainsi, Lahore, cité historique des Sikhs et capitale du Penjāb, est désormais au Pakistan, tout comme de nombreux lieux liés à l'histoire des Sikhs, comme Nankana Sahib, lieu de naissance de Gurū Nānak.

Les Sikhs vivent désormais pour la plupart au Penjāb indien, avec Amritsar pour capitale spirituelle et la récente Chandigarh pour capitale administrative.